En chinois, « keai » 可爱 signifie mignon et le « keailisme » pourrait être une apologie de la mignonnerie, une tendance qui s’observe depuis de nombreuses années dans la société chinoise, principalement parmi la classe moyenne urbaine. La mignonnerie est promue et consommée, qu'il s'agisse d'oreilles de lapin, d'illustrations enfantines sur un objet ou un vêtement, de personnages souriants pour une marque ou des applications qui changent notre visage en celui d'une princesse, parmi de nombreux autres exemples. La mignonnerie est aussi une attitude et un mode de vie à travers des gestes, des manières de courir, de parler, d'écrire, qu'ils soient naturels ou non. Lors du développement de produits, la tendance keai influence les designers qui à leur tour la développent encore plus à travers la publicité et ses produits. Dans les centres commerciaux, on trouve même des boutiques submergées de peluches et autres objets mignons de mode, pas forcément destinés aux enfants mais plutôt aux jeunes femmes.
Un état de keailisme n'est pas forcément étrange chez soi, dans la sphère privée, ou même de façon ponctuelle lors d'une journée à Disneyland. Tout le monde a besoin d'un peu d'absurdité de temps en temps, mais cela devient symptomatique de ce qu'une société devient lorsqu'elle est détectée à plusieurs reprises dans des rencontres quotidiennes. Des intellectuels comme Michel Onfray diraient que la société est infantilisée en se référant du moins de ce qu'il se passe en France, mais en Chine cela prend de plus grandes proportions. Est-ce parce que la vie a été dure pendant de nombreuses décennies et que lorsque le consumérisme a pris le dessus, ses excès ont induit toute une génération dans le keailisme, une sorte de souhait de Peter Pan de ne plus devenir adulte ? Ou est-ce causé par ces nouvelles cultures K-pop ? Ou est-ce une idée sexiste de ce que les jeunes femmes cherchent à devenir à travers leurs biens et un stéréotype déformé de ce qu’est la délicatesse et la fragilité ?
Publié: 20 décembre 2022



Mauvais design
rendu public à
grande échelle
Les panneaux et affiches
des écoles et lieux publics
La plupart des écoles publiques chinoises, ou du moins celles basées à Pékin, non seulement affichent des panneaux mal conçus de leurs activités, mais reproduisent toutes le même style sans remettre en cause sa forme et son contenu. Ces panneaux d'informations scolaires montrent souvent une série de photos avec des cadres en forme de cercles, de losanges ou de rectangles, parfois avec des contours colorés, parfois avec une ombre de fond, sans se rendre compte que ces choix surchargent la mise en page et qu'il faut les éviter pour s'approcher à une bonne communication visuelle. L'espace négatif n'est clairement pas respecté, les images et les textes ne sont pas alignés, et même la qualité de certaines photographies est discutable car elles ne mettent pas en valeur les actions importantes. Certains de ces panneaux ne sont pas remplacés pendant des années, voire des décennies. Cela accentue l'ampleur du problème qui, après se focaliser sur le style, devient un modèle à reproduire à l'échelle nationale. Notons dans ce cas, la présence de deux ou trois colombes qui volent au fond, en référence à celles qui libèrent chaque année dans les cérémonies officielles pékinoises.
Le design intérieur de ces écoles est similaire, avec de grands couloirs mal décorés, des salles de classe qui se ressemblent toutes, un choix de matériaux froids, un design qui mise sur la fonctionnalité mais qui, au final, reste défendable d’un point de vue pratique. Pour le style graphique de l'école, on pourrait dire qu'on le retrouve aussi dans d'autres lieux publics comme la rue, où l'on trouve des messages municipaux, ou encore dans les musées, comme si cela était lié à un style communiste chinois à peine défini mais plus que certainement étudié et, évidemment, reproduit en masse. On se demande parfois si ce que l’on voit est dû un manque de style, mais le fait de les voir reproduit à grande échelle rejette cette hypothèse. Pour un œil averti, voir ces panneaux est rapidement associé à une certaine pratique, voire à un type d'éducation publique. Enfin, ceux qui les conçoit avec fierté semblent avoir découvert PowerPoint en grand format, ce qui pourrait paraître amusant ou sans importance, mais ces affichages de messages démodent les rues et les écoles avec toutes les connotations que cela implique.
Publié: 8 février 2023





