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De l'extérieur vers
d'autres fenêtres

Phase 1

Dans certains chapitres, avant d'aborder les fenêtres de la résidence, je commenterai des projets visuels qui présenteront le sujet traité et ses composantes dans un contexte plus large. Par exemple, lorsque André Vicente Gonçalves collectionne les « Fenêtres du monde » dans son projet photographique commencé en 2009, il regarde la forme des fenêtres et tout ce qui les entoure, que ce soit les matériaux, les couleurs, les balcons, les détails architecturaux, les jardinières, les rideaux, les objets, montrant que les fenêtres d'une même ville ont beaucoup en commun. Ce que l'artiste et le spectateur ignorent, pour des raisons évidentes, est ce qui se passe à l'intérieur. Cependant, quand on vit dans un immeuble pendant des années, on apprend à connaître ses voisins, on se demande qui ils sont vraiment et comment ils vivent au quotidien. C'est exactement ce que montre l'artiste Bogdan Gîrbovan en photographiant dix pièces superposées dans un immeuble de dix étages, exposant ainsi dix photographies de personnes différentes, dont lui-même, de classes sociales, d'âges et de goûts différents, mais qui sont tous voisins, habitants du même immeuble (2008). Dans chaque pièce, on observera la même fenêtre à droite de l'image, ce qui nous rappelle à quel point la fenêtre est avant tout un élément architectural à construire de façon répétitive au même endroit d'un étage à l'autre pour la cohérence esthétique et fonctionnelle du bâtiment. Un troisième projet qui prendrait en compte les deux précédents serait de voir les gens à leurs propres fenêtres depuis l'extérieur, ce qui se produit dans « les portraits de quarantaine » de Adas Vasiliauskas (2020), alors qu'il photographie avec son drone ses voisins en confinement pendant la pandémie de Covid-19. Cependant, ce n’est pas évident de travailler comme ces deux artistes à parvenir la confiance et le consentement de leurs voisins pour avoir accés à leur vie privée, encore moins lorsque la distanciation sociale devient la norme. Toutefois, cette crise actuelle a rendu plus évidente que la fenêtre crée un lien vital avec le monde extérieur.

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J'ai donc commencé à me promener dans les ruelles de la résidence pour photographier des dizaines de fenêtres, en étant plus attentif à l'architecture de jour, à travers les perspectives et les répétitions, et à la vie sociale de nuit. Lorsque le soleil se couche et que les lumières de certains foyers s’allument, une lueur de vie apparaît soudainement et peut être observée par le curieux passant. Cependant, la plupart des fenêtres n'ont pas de rideaux et cela pourrait poser des problèmes éthiques d'entrer dans l'intimité des gens en regardant discrètement par leurs fenêtres, puis de manière intrusive avec la caméra sans avoir leur approbation. Ainsi, pour le bien du projet, je me suis orienté vers les lumières et les quelques objets disposés en bordure des fenêtres plutôt que des personnes en situations compromettantes. Par ailleurs, c'est souvent après une journée de travail que je remarque un contraste de lumières chaudes et froides mêlé à la pénombre de la nuit, qui est captivant tant on se sent insignifiant devant telle présence de vie. Les lumières sont à contempler comme des compositions artistiques qui peuvent aussi nous laisser imaginer une famille qui dîne, un père qui raconte une histoire à sa fille, des gens faisant du sport, un couple devant la télé ou faisant l’amour. Une pièce éclairée peut cacher des possibilités infinies qui n'ont pas nécessairement besoin d'être vues, mais plutôt imaginées, car les lumières signifient souvent une présence immobile et abstraite lorsque vues de loin, mais leurs traits se définissent et sont plus réalistes autour des lampes lorsque vues de près.

La plupart des photographies prises lors de mes promenades dans la résidence montrent des plafonniers car c'est surtout ce que l'on voit depuis le rez-de-chaussée. De plus, de nombreuses fenêtres de la résidence révèlent que nous sommes bel et bien dans une ville chinoise. Les fenêtres sont dans de grands immeubles implantés en milieu urbain, et certains détails décoratifs comme des lanternes ou des autocollants rouges avec le caractère 福 (fú), symbole de bonne fortune, sont autant de témoignages visuels de la culture du pays. De plus, certains intérieurs accentuent cette particularité de l’appartement moderne pékinois, comme par exemple les terrasses intérieures aux baies vitrées avec des porte-cintres suspendus au plafond, pouvant être des marqueurs urbains et culturels. Ainsi, j'ai commencé à prendre des plans d’ensemble de plusieurs fenêtres à des plans rapprochés de fenêtres individuelles, à la recherche de détails qui pourraient raconter une brève histoire de ma résidence.

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